Il est de ces films pour lesquels on ne sait pas trop pourquoi on sort son portefeuille : je ne regarde pas spécialement les bandes-annonce. Je suis plutôt du genre palpable, sensible aux sonorités, au "goût" du film : sa texture, ses couleurs, ses odeurs...
Aujourd'hui je regarde la page ciné du "progrès" : Tiens, Le Temps qui reste, j'avais envie de le voir. A Saint-Genis, 17h. Impeccable.
Et puis voilà, c'est comme une grande caresse qui fait mal, qui laisse ces griffes dans l'âme du spectateur. Si le sublime de Kant était un film, ce serait celui-ci.
Ozon nous parle de vie en mentionnant la mort avec une justesse et une douceur absolument prodigieuses. Les images parlent en silence mais tout est clair, sans vague. Le film ne dit rien mais pourtant il dit tout. Je n'ai rien à dire sur ce film, parce qu'on ne peut pas mettre de mots sur tout.
Ca faisait vraiment longtemps que je n'avais pas pleuré au cinéma...
Ca fait du bien. Je crois que je n'oublierai jamais ce moment-là.
Par Peroline
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Allez, c'est peut-être le moment de prendre la plume et de parler de ce film, même si l'envie n'est pas du tout là. En réalité, je crois que j'ai envie d'oublier ce film, non pas pour ce qu'il dit mais surtout pour ce qu'il ne dit pas, pour ce qu'il n'est pas. Je m'attendais à voir un film qui me parlerait, et finalement je me suis retrouvée face à un produit que j'avais déjà vu à la télé je crois, avec des héros mal vus et mal filmés, et un message complètement laissé de côté.
Le film ressemble beaucoup à Elephant de Gus Van Sant dans ses intentions, mais en pratique c'est totalement raté. C'est assez bizarre, d'ailleurs, parce que c'est le même principe : dans un lycée américain, on suit des adolescents qui ont chacun leurs problèmes : le but étant de découvrir qui finit par se tuer dans un placard (scène qu'on nous montre en ouverture).
Mêmes procédés avec les ralentis, les scènes vues de plusieurs points de vues, mais pourtant, le réalisateur ne parvient pas une seule fois à saisir qui sont réellement ces adolescents : pour montrer qu'ils souffrent, ils les filment en train de pleurer, pour montrer qu'ils sont heureux, il fait un gros plan sur leurs sourires. Le pire est que leur vraie violence est totalement passée sous silence parce que le réal (Murali K. Thalluri) s'imagine que pour comprendre la violence il suffit de la montrer. On a donc droit à une scène de viol d'un frère sur sa soeur (j'y ai pensé toute la nuit) et à un gros plan sur des veines qui sont coupées, mais finalement ces deux séquences ne sont violentes que par ce qu'elles montrent (dans un premier niveau) et pas du tout pour ce qu'elles représentent.
On étouffe sous des gros plans trop nombreux, trop oppressants et qui nous écrasent sous un sens qu'on nous impose et non qu'on nous propose. La journée des ados est entrecoupée d'extraits de pseudo-documentaires où chacun vient parler de ses problèmes mais finalement la communication ne passe pas.
Sur l'écran final s'affiche un message du réal, qui veut que le film soit un hommage à un(e) ami(e) qui s'est tué(e). Le film fait tout le contraire : en commençant par la fin, le réal fictionnalise un sujet qui est bien plus fort lorsqu'il est traité dans sa réalité la plus concrète. Bien évidemment, la découverte de l'identité du suicidaire est une surprise (au point que je me suis dit : mais c'est qui, ça, déjà ?) et finalement on a même besoin de flash-back pour s'en rappeler. Le réal cherche par là à nous culpabiliser de nous intéresser uniquement aux personnages de premier plan mais en l'écartant lui-même de son récit, il passe complètement à côté de son hommage et traite la personne avec encore plus d'indifférence.
Je me sens d'autant plus outrée par ce film que son sujet est une réalité, et qu'ici la forme se veut concrète, proche du réel, et finalement tout est raté, plombé. Je me sens désolée d'un cinéma qui détruit tout ce que l'humain tente de faire, et je refuse de pardonner le prétexte d'une bonne action mal faite et finalement injuste.
Non, décidément, ce film m'a marquée de la douleur d'un cinéma qui part dans le mauvais sens.
Par Peroline
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